Biennale Bamako 2009
La plupart des œuvres photographiques qui font l’objet des différentes expositions internationales à Bamako 2009 s’inscrivent dans l’optique de réduire toutes les formes de frontières
La photographie pour lutter contre les frontières
L’un des grands moments de la 8è édition de la Biennale africaine de la photographie de Bamako a été atteint ce lundi 9 novembre 2009 par le colloque international qui s’est tenu au Conservatoire des arts et métiers sur la colline de Camm en collaboration avec la Cité nationale de l’histoire et de l’immigration. Le thème du dit colloque était « des frontières et des hommes ». Le panel était entre autre constitué du professeur Jean Bosco Konaré historien à l’université du Mali, Manthia Diawara universitaire malien d’origine malienne, Marie Poinsot, rédactrice en chef de la revue Hommes et Migrations, et Christophe Daum anthropologue à,l’Institut de recherche pour le développement à Bamako. Le moins qu’on puisse dire est que les débats ont été houleux sur la question des frontières qui empêchent la libre circulation des hommes en Afrique et dans le monde. Notamment lorsque l’ambassadeur de France au mali interpellé dans la partie des questions a voulu entre autres donner une explication de la position de son pays sur les questions de migrations. En fait c’est le professeur Jean Bosco Konaré qui avait donné la dimension historique des frontières actuelles qui séparent les pays africains. Pour cet universitaire dont le propos a été très applaudi, « les peuples africains regroupés à travers les pays ont tous des liens au niveau de leurs frontières respectives. Et les migrations font depuis toujours partie de leur vécu. Qu’on le veuille ou nom, l’africain en restant attaché à sa terre, est toujours amené à bouger ». Le Dr Manthia Diawara dira exactement la même chose lorsqu’il dit à l’assistance que « Lorsque je passe une semaine à Bamako, Paris me manque. Lorsque je suis une semaine après à Paris New York ou Bamako me manquent. Aujourd’hui la migration des hommes n’a pas besoin des frontières ». En fait c’est lorsqu’on visite les deux expositions internationales des rencontres photographiques de Bamako, celle du Musée national et celle du Palais de la culture de Bamako, les différentes écritures photographiques de la centaine des artistes photographes inscrits dans la partie officielle de cet évènement cerner la question des frontières à des degrés divers. Parmi ces oeuvres majeures on peut retenir celle du photographe Karl Prinsloo de Namibie qui retrace avec une éloquence captivante la douloureuse situation de guerre dans le Nord Kivu. A travers une série de photographie en couleur, le photographe présentent le spectacle des migrations des réfugiés congolais qui quittent leur pays avec femmes et enfants ne direction de l’inconnu dans une longue marche qui traduit un drame humain considérable. Une autre marche qui retient l’attention du visiteur est celle d’un président africain, en l’occurrence Abdoulaye Wade du Sénégal photographié alors qu’il est en pleine marche méditative dans une plage dakaroise. Angèle Etoundi Essomba a aussi choisi le bord de la mer pour exprimer son rejet de la frontière. Notamment par cette série de photos de femmes violées, avec leurs regards lointains au delà de l’océan, un peu comme pour s’étonner de ne pouvoir arriver un jour dans ce lointain horizon.
Six prix en jeu
L’effet le plus saisissant est certainement celui que procure Malick Sidibé. A plus de 80 ans, Malick Sidibé, considéré comme l’un des doyens des photographes africains et certains le plus célèbre parmi eux refait dans la série focus mali, une rétrospective en noir et blanc de ses œuvres les plus marquantes. Il s’agit des visages des jeunes maliennes qu’il au début des années 50 « immortalisé » à travers des photos installation tels qu’on le voyait autrefois. Le célébrissime photographe primé et reconnu dans le monde entier étale dans la salle textile du Musée national la dimension de son immense talent à travers une série étonnante de photos de mode qui montre bien que quelque soit l’âge il n’y a pas de frontière dans l’appréciation du goût du beau dans l’art de la photo. Il en est de même de J.K. Bruce également connu sous le nom de Nil Kofi Bruce. Ce photographe malien refait l’histoire coloniale en montrant les portraits à la fois des collons et des chefs de paisibles familles ghanéennes au temps de la colonisation. Même démarche que Jean Depara, dont la série de photos anciennes en noir et blanc occupe en ce moment à Bamako un important pan du premier étage du Palais de la culture de Bamako. On y retrouve la vie à Kinshasa de 1928 à 1997, avec une bonne série sur le célèbre orchestre Tout poussant Ok Jazz du nom moins célèbre François Luambo dit Franco. De même les plaisirs vicieux des jeunes colons belges avec les belles femmes congolaises qu’il a pu photographier au fil des ans. Pas de frontières aussi dans les différentes formes de vie avec la série de portraits de Zanele Muholi, d’Afrique du sud qui a filmé un homosexuel qui par la qualité de l’image et couleur dérive un art bien arrondi. Enfin avec Nandipha Mntambo Ukungenia, du Swaziland, se résume le nouveau visage de la photographie qui allie désormais la vidéo et le multimédia. Cette artiste photographe né en 1982 et diplômé de l’école de beaux arts de l’université du Cap en Afrique du Sud amis au point un procédé original consistant à tanner du cuir de vache puis à le modeler à partir de moules de corps féminins, généralement le sein. Sa performance vidéo intitulé Ukungenia est accompagnée de photographies qui imitent le clown de rodéo.
Au final le jury des Rencontres de Bamako 2009 va décerner 6 prix dont le Grand prix est le prix Seydou Keita mis en route par le ministre de la culture. Ce sera alors le sommet de cette manifestation qui célèbre la photographie africaine.
Jean François CHANNON (Cameroun)