RENCONTRES PHOTOGRAPHIQUES DE BAMAKO

Les fausses images des migrations africaines Dans le cadre de la Biennale africaine de la Photographie de Bamako

une table-ronde sur le thème « Des frontières et des hommes » s’est tenue lundi matin au Conservatoire des Arts et Métiers Multimédia de Bamako

Les thèmes « Panorama des migrations internes au continent africain » et « Migrations et frontières dans la photographie contemporaine africaine » ont été abordés, lundi matin, au Conservatoire des Arts et Métiers Multimédias par des chercheurs, anthropologues, historiens et professeurs comme Christophe Daum, Isaie Dougnon, Marie Poinsot ou Manthia Diawara. C’était lors d’un colloque sur le sujet : « Des frontières et des hommes », dans le cadre de la Biennale africaine de la Photographie. L’historien malien, Jean Bosco Konaré, a mis l’accent sur la nécessité d’une révision de la politique d’immigration d’un pays comme la France « qui ne tient pas compte de tout le chemin parcouru » avec l’Afrique. C’est sans doute cela qui a poussé bon nombre d’Africains, aussi bien les populations que les autorités, à se tourner vers d’autres destinations comme les Etats-Unis, l’Inde ou la Chine. Il a estimé que le salut de l’Afrique réside dans le déboulonnage des frontières héritées de la colonisation.L’ambassadeur de France à Bamako, Michel Reveyrand de Menthon, a expliqué qu’au moment où bon nombre de pays africains vont célébrer le cinquantenaire de leur indépendance en 2010, la remise en cause des frontières léguées par le colonisateur ne semble pas faire l’unanimité, car « les célébrations semblent plutôt tournées vers les identités nationales ».Face à l’analyse du diplomate français qui a évoqué la « soif identitaire des Africains » en faisant référence aux débats liés au nouveau code de la famille au Mali, le profeseur Manthia Diawara de New York University a rétorqué que ce genre de propos le rend nerveux. Il a rappelé le passé colonialiste de la France, de l’Europe en général, qui a soumis tout un continent, tout un peuple, à l’esclavage. « Vous nous avez colonisés. Vous avez, à cause du pétrole, mis le feu au Tchad et, maintenant, vous avez l’audace de venir nous parler de nos identités ! ? » s’est-il écrié. Selon lui, les Africains sont portés sur le métissage, le brassage des cultures. Il s’est rappelé les propos de l’écrivain martiniquais Edouard Glissant qui lui confiait, lors d’un entretien, que même s’ils se métissent, les Africains ne cesseront jamais d’être eux-mêmes. Selon lui, ce que les racistes craignent le plus, c’est le mélange.Dans son analyse, Christophe Daum, anthropologue français, a martelé que ce qui pousse les populations du Sud à migrer vers le Nord, ce n’est pas toujours la misère comme on tente de le faire croire très souvent. Pour étayer sa thèse, il a rappelé l’étude publiée il y a quatre ans et qui montre que sur les 70 millions de migrants dans le monde qui ont décidé d’aller vivre dans les pays du Nord, seuls les 2, 6 millions sont des Africains. Ces derniers participent ainsi au développement de leurs pays d’origine grâce à la somme substantielle d’argent qu’ils envoient à leurs familles ou aux investissements qu’ils font dans des secteurs économiques porteurs. Des transferts d’argent qui sont plus importants que l’aide au développement accordée par les bailleurs et les pays riches.Après cette table-ronde, l’exposition « Urban Resistance » des artistes espagnols Javier Caballero et Yapci Ramos (Iles Canaries) a été inaugurée. Parmi les photos exposées figurent de belles images des baobabs de la forêt de Bandia, sur la route de Mbour. Des arbres entourés de murs, dont certains pans se sont affaissés, ce qui leur donne une impression d’enfermement, de prisons à ciel ouvert.Dans la même journée, le Conservatoire des Arts et Métiers Multimédias a accueilli un atelier de postproduction sur le thème : « Nouveaux horizons pour la photographie : le traitement audiovisuel des images, du web à la vidéo ». Un public nombreux s’était déplacé pour la circonstance.

Modou Mamoune FAYE

© Rencontres de Bamako