TU M‘AIMES

Musée National du Mali

Commissaire / Curator : Yves Chatap

Il n’y a que les esprits légers pour ne pas juger sur les apparences. Le vrai mystère du monde est le visible, et non l’invisible. Oscar Wilde, Le Portrait de Dorian Gray

Tu m’aimes s’inspire du célèbre ouvrage de irlandais auteur Oscar Wilde The picture of Dorian Gray publié en 1890. L’exposition examine l’image à travers une réflexion sur le corps, ses accomplissements et ses sensations. Wilde raconte un personnage à la beauté exceptionnelle qui prend conscience, par l’art, de son caractère éphémère.

Depuis son apparition, la photographie explore le corps comme un outil d’expérimentation des possibilités techniques et comme le temple d’un esthétisme renouvelé. Le corps n’est pas simplement une donnée acceptable comme telle, mais le lieu de diverses mutations. En ébranlant les codes figuratifs traditionnels, les artistes s’attaquent à la représentation humaine, pour en restituer une image géométrisée, déformée, défigurée. Cette assertion ancre plus que jamais le travail d’ORLAN dans cette approche du corps sujet. On rencontre parfois un corps symbolisé, ou enjeu de consommation.

Comment situer la différence entre une représentation du corps humain marquée par la dérision ou la vulgarité et une autre qui, malgré ses aspects subversifs, ne perd pas de vue une éthique de l’humain ? Cette hypothèse situe le corps dans un rapport entre l’artiste et son œuvre, mais également le spectateur et le modèle. Anja Ronacher, en jouant sur les tensions du visible et de l’indicible, évoque le langage d’un corps impassible immergé dans le silence. Le corps se transforme et se dévoile par son expression sociale ou intime. Il est à vif dans la manifestation des sensations qui le traversent. Ainsi, Elise Vandewalle filme l’effort d’un apollon qui vient se perdre dans une danse répétitive tout en soulignant la souffrance face à la contrainte physique. Tandis que Nyadzombe Nyampenza, dans son regard, suggère subtilement les métamorphoses multiples de l’image de soi, dans une démarche qui oscille entre l’attraction et la répulsion, la vie et la mort. Quant à John Coplans, il interroge la convoitise récurrente d’un corps autre qui serait plus désirable, plus beau et plus fort. La fragmentation corporelle de l’artiste préfigure le dépérissement, la recherche d’un existentialisme.

Souvent, nous regardons avec mélancolie nos photo- graphies accumulées dans des boîtes ou des disques durs. Que peuvent raconter ces images sur les di- verses empreintes du temps ? L’installation de Joël Andrianomearisoa forme un temple destiné à recevoir tous ces documents photographiques à travers lequel il livre sa mémoire avec nostalgie. Comme une incantation, tous les éléments qui constituent cette pièce rappellent le cabinet secret de Dorian, un lieu où l’admiration et le désir du beau sont les fondements d’une perpétuelle quête de soi. L’image offre une lecture pour se dire, affirmer une appartenance ou un héritage.

Tu m’aimes est une pluralité de récits observant les différentes temporalités d’un corps paradoxal. Ces visions multiples explorent la valeur narrative de l’imagerie du corps. Elles constituent des écritures, parfois d’apparences futiles, qui ne se laissent lire qu’à travers désir et rejet du spectateur.

Institut Français
Ministère de la Culture de l’Artisanat et du Tourisme du Mali
© RENCONTRES DE BAMAKO